La solution de Laurence Parisot pour remplacer la taxe professionnelle

Publié le 22 juillet 2009

Pour la présidente du Medef, seule la réduction des prélèvements obligatoires permettrait à l’industrie française de s’en sortir. Elle dévoile sa solution pour remplacer la professionnelle.

laurence-parisot-medef-taxe-professionnelle-impots-locauxL’industrie est cruellement touchée par la . Faut-il se résoudre à son déclin?

Je suis fille d’industriel, petite-fille d’industriel et fière de l’être. A la maison, j’ai toujours vu «L’Usine Nouvelle» sur la table du salon! Il y a dans l’industrie une satisfaction que l’on ne trouve pas ailleurs, celle du produit fini. Et il y a un génie français qu’il faut faire perdurer. Je ne peux pas imaginer la France sans usine. Mais vous savez, dans notre pays, les industriels sont héroïques. Ils doivent composer avec un euro fort, des matières premières très chères et les coûts salariaux les plus élevés du monde, y compris par à nos voisins allemands. Que les industriels français arrivent à tenir face à de tels vents adverses, c’est dire à quel point leur potentiel est exceptionnel. Nous avons de grands champions mondiaux, une culture scientifique et des écoles d’ingénieurs que le monde nous envie.

Les industriels français vont-ils s’en sortir seuls ou ont-ils besoin d’un soutien particulier ?

Je pense d’abord que la distinction entre industrie et services perd peu à peu son sens. De plus en plus, l’industrie a une approche marketing et le tertiaire s’approprie les outils et les méthodes industrielles, comme la productivité ou la logistique. Le monde du y gagne en et en efficacité. EdF, Vinci ou Suez Environnement sont-elles des entreprises industrielles ou de ? Pour soutenir l’industrie, comme les autres entreprises, il faut abaisser le coût du travail et les prélèvements fiscaux et sociaux. Si nous réduisons le des prélèvements obligatoires, les entreprises pourront retrouver des marges de manoeuvre. D’où l’importance de la réforme de la taxe professionnelle.

Justement, que proposez-vous pour remplacer la Taxe Professionnelle ?

Nous voulons que toutes les entreprises qui la paient aujourd’hui en paient moins demain: zéro perdant! Par ailleurs, il faut rétablir une cohérence entre les taux des impôts locaux appliqués aux entreprises et ceux des ménages. Je sais bien que les ménages sont électeurs, à la différence des entreprises… Mais si le gouvernement ne va pas dans ce sens, ce serait très préjudiciable.

Vous acceptez donc le principe de conserver une taxe…

Nous sommes d’accord pour que demeure une taxe résiduelle. Dans ce cas, s’il y a un taux plancher… il faut aussi un taux plafond! Autrement dit, un taux fixé à 1,5%. Evidemment, nous entendons ce que nous disent les et nous sommes attachés au lien entre les territoires et les entreprises. Mais entre 2000 et 2007, les collectivités ont augmenté leurs dépenses de fonctionnement de manière démesurée: 1,7 fois plus vite que la croissance.

Même les dépenses de l’ sont mieux contenues. Supprimer la TP ne signifie pas qu’il faille la compenser intégralement. Notre proposition coûterait 8 milliards d’euros sur deux ans: c’est gérable. Notamment si l’on supprime les doublons entre les différents niveaux de responsabilités territoriales. Tout ceci va dans le sens du rapport Balladur sur la réforme des collectivités territoriales.

Vous répétez que les entreprises sont trop taxées. Mais comment peut s’exprimer la solidarité des entreprises avec la collectivité ?

L’entreprise paie déjà l’impôt sur les sociétés, dont une partie est redistribuée aux territoires. Nous contribuons.Ycompris pour des dépenses de solidarité bien éloignées de notre mission, comme la branche famille de la sécurité sociale. Nous participons même tellement que notre potentiel de création de richesse en est étouffé. Dans toutes nos cotisations, il faut revoir ce qui pèse sur la production. Par exemple, nous ne sommes pas contre une contribution climat-énergie, car ce serait donner au consommateur un signal prix. Mais tout cela doit se faire à fiscalité constante.

Les dispositions du chômage partiel sont-elles, aujourd’hui, optimisées ?

Le chômage partiel est conçu pour l’industrie, nous souhaiterions l’étendre au commerce et aux services. L’enjeu serait aussi de mieux combiner la formation et le chômage partiel: certains secteurs ont du mal à trouver des candidats. Se pose alors la question de la mobilité. Et là, soyons créatifs. Parmi les freins à la mobilité, on trouve l’ du conjoint, mais aussi le logement. Voyons par exemple comment mieux utiliser les ressources du 1% logement.

Faut-il aller jusqu’à autoriser les baisses de salaire ?

Au contraire, je fais partie de ceux qui pensent que le salaire net des Français n’a pas assez augmenté. Le problème n’est pas le salaire net, c’est le poids des charges, payées par le salarié et par l’employeur. Nous n’avons pas, en France, un pouvoir d’achat qui permette l’accès à une consommation moderne: un abonnement à internet, un PC, partir en weekend. Pour beaucoup de Français, ce n’est pas possible.

Sur le dossier des retraites, vous réclamez un allongement de l’âge légal, mais refusez l’échéance de 2010 pour trouver un accord sur l’emploi des seniors…

Ce n’est pas nous qui refusons d’y aller dès 2010, c’est la CGPME! Si tout le monde travaille deux ou trois ans de plus, cela résout le financement des retraites sans entamer le pouvoir d’achat. Qu’il y ait eu autrefois un compromis scandaleux entre l’Etat, les syndicats et le patronat pour faire de l’âge une variable d’ajustement de l’emploi, c’est hélas vrai, et nous y avons perdu en savoir-faire, comme en capacité de transmettre. Changeons de regard et n’oublions pas que notre espérance de vie ne cesse de progresser. Aujourd’hui, nous sommes au moins trois, Medef, CFDT et gouvernement, à dire qu’aucun dispositif fiscal ne doit plus encourager le départ des seniors.

Le président de la République veut lancer un . Il n’a rien dévoilé sur son utilisation. Est-ce une bonne méthode ?

Les Français n’ont pas l’air de vouloir jouer le jeu, selon un sondage de votre entreprise, l’Ifop! Détrompez-vous. Alors même que l’on ne sait pas à quoi ces fonds seront affectés, 17%des personnes interrogées ont déjà envie d’y souscrire. Cela représente 5 millions de Français, c’est très encourageant! J’approuve ce choix de par l’. Depuis 2007, je milite pour une politique de l’offre et je vois que cela porte ses fruits.

Quelles sont vos idées pour cet emprunt national ?

Ce pourrait être le projet du Grand . Autre piste: les pôles de compétitivité. Vous savez qu’ils sont présents sur tout le territoire et qu’ils rapprochent grandes entreprises, PME et recherche académique et privée. Enfin, plutôt que de vouloir privilégier tel ou tel secteur, nous pourrions défendre l’idée d’une «touche verte» française, susceptible de faire la différence avec nos concurrents. Réfléchir à une «French Touch», à une marque France, à toutes nos entreprises.

Article extrait de www.usinenouvelle.com

Tags:, , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,
Hausse d'impôtsImpôts locauxTaxes locales

Donnez votre avis !